Evolution de la flore aquatique des rivières de plaine dans l'Ain
Article rédigé par François Romiée - Juin 2026- Reproduction interdite sans l'accord écrit de l'AMA01.
La flore des rivières de plaine a beaucoup changé. Pour ceux qui ont connu les rivières avec des fonds de graviers où se developpaient harmonieusement des herbiers indigènes, le changement est important et pas dans la bonne direction…
Facteurs de déséquilibres
La végétation des rivières, comme de nombreux autres écosystèmes, a été par endroits profondément bouleversée ces dernières décennies, à la suite de modifications environnementales fatales à l’équilibre préexistant :
- Augmentation locale des populations humaines avec sous-dimensionnement des systèmes d’assainissement : pollutions, surcharges organiques.
- Drainages agricoles entrainant des turbidités massives et un lessivage des sols combiné avec les intrants organiques (purin de porc en particulier) et chimiques (surutilisation des engrais azotés).
- Disparition des haies modifiant les épisodes de crue : réservoirs de biodiversité, les haies réduisent le lessivage des engrais et pesticides. Elles favorisent l’infiltration de l’eau dans les sols, ainsi que sa remontée par capillarité lors d’épisodes de sécheresse. Leur disparition aggrave les inondations lors d’épisodes pluvieux exceptionnels.
- Introduction par négligence, malveillance ou le plus souvent par simple stupidité de plantes exotiques en provenance des bassins d’agrément ou des aquariums.
Ces causes, entres autres, ont modifié la population végétale des cours d’eau, laquelle vivait en équilibre avec la faune à qui elle fournissait abri, frayères, nourriture…
La pullulation de plantes exotiques aux dépens des végétaux indigènes provoque des modifications importantes des caractéristiques physiques (exemples : turbidité, température), chimiques (exemple : l’acidité de l’eau) et biologiques (exemple : micro -organismes).
La conséquence est la disparition pure et simple de certaines espèces animales et végétales, au profit d’autres, plus résistantes et/ou plus adaptées à ces conditions nouvelles.
Végétation indigène (ou d'implantation ancienne)
Les plantes indigènes trouvées historiquement dans les rivières de plaine de l’Ain sont :
Le nénuphar (genre Nuphar)
Nuphar lutea, est le plus commun, à fleurs jaunes.
Ils subissent non seulement les conséquences des modifications de leur milieu, mais sont en plus décimés par les ragondins, qui arrachent leurs racines.
Les rubaniers (genre sparganium)
Très communs et présents dans les « gours » de moulin (c’est le cas sur la photo). Les rubaniers ont un rôle épurateur et sont un refuge de choix pour certaines espèces de poissons. Les rubaniers semblent concurrencés par d’autres espèces.
Les lentilles d’eau (genre lemna)
Par exemple lemna minor qui tout autochtone qu’elle soit peut devenir envahissante. Dans ce cas elle peut poser des problèmes liés par exemple au barrage qu’elle oppose à une partie de la lumière.
Les potamots (genre potamogeton)
Les potamots qui ont la capacité d’épurer certains polluants, poussent en abondance dans certains tronçons de la Reyssouze, par exemple.
Le cresson de fontaine (genre nasturtium)
Le cresson de fontaine s’observe dans les fossés en eaux en permanence et les petits affluents. C’est une plante dont on peut faire de fameux plats mais il faut se rappeler que cette plante rentre dans le cycle d’un parasite : la douve du foie : cuisson impérative si la plante ne provient pas du circuit professionnel contrôlé.
Quelques espèces exotiques envahissantes
A côté, si ce n’est en lieu et place de ces plantes « classiques » (ou du moins d’importation ancienne), des espèces exotiques qui déséquilibrent le milieu :
Le myriophylle du Brésil (Myriophyllum aquaticum)
Cette plante se développe très vite lorsque les conditions sont favorables. Elle empêche par sa croissance rapide le développement des rubaniers qu’elle remplace.
Certaines rivières sont certaines années envahies, ainsi que des ports fluviaux.
Aux premiers froids, la plante se détache et forme des amas parfois considérables.
L’élodée du Canada (Elodea canadensis)
Un peu moins envahissante que la précédente, elle peut dans certains cas proliférer brutalement : elle a par exemple déjà provoqué quelques catastrophes dans des lacs. En cas de prolifération incontrôlée, l’acidité de l’eau diminue, provoquant la mort de certains poissons.
La jussie (Ludwigia peploides)
Cette jolie plante d’un beau vert porte des fleurs jaunes du plus bel effet. C’est la raison de son importation initiale en Europe au XIX ème siècle comme plante ornementale. Mais elle n’a pas tardé à échapper à tous contrôles, notamment par sa capacité à se bouturer facilement (il ne faut surtout pas la broyer ou la couper, pour ne pas doper l’infestation par bouturage des fragments).
Autre conséquence de la modification de la flore : la transparence de certains cours d’eau a disparu. L’eutrophisation des eaux favorise aussi les micro algues en suspension dans l’eau, qui lui donnent cette couleur verdâtre qui affecte la plupart des rivières de plaines agricoles, empêchent la pénétration de la lumière et provoquent la disparition des poissons qui vivent en eau claire.
Pour ces rivières, lointain est le temps des eaux transparentes qui laissaient deviner les galets du fond !
