Les travaux dans la vallée du Suran au XIX ème siècle

Article rédigé par Nicole Ruffin - Février 2026 - Reproduction interdite sans l'accord écrit de l'AMA01

Le Suran, cette rivière née à Loisia, au sud-ouest du département du Jura dans la « Petite montagne », est un affluent de rive droite de l’Ain avec lequel elle conflue près de Varambon, peu après Pont d’Ain.

Le Suran vu du pont de Bohas, avril 2019. Photo J. Game D.R.
Le Suran en crue au pont de Fromente, mars 2019, Photo J. Game D.R.

Le Suran coule parfois calmement mais il peut aussi avoir des flots tumultueux, lors des crues.

Drom, par exemple, qui pourtant se trouve dans une vallée sèche (c’est à dire sans cours d’eau) fut souvent inondé. Ce fut le cas en 1840 (de fin octobre jusqu’au 14 janvier 1841) : on peut en voir le repère sur le mur de la mairie à 1 m de hauteur. Idem en 1852 et 1856.

Il a donc été décidé de construire un tunnel d’assèchement pour assainir la vallée : celui-ci, imaginé par M. Hippolyte Gouilloux, maire de Drom, a été terminé en 1869. Il est long de 960 m, haut de 1,70 m et large de 1, 20 m. Une faille située au milieu rejette de l’eau dans la deuxième partie du tunnel et, de ce fait, moins d’eau remonte en surface dans la vallée de Drom.

Au niveau du premier tiers de son parcours, dans le département du Jura, le Suran reçoit de nombreux affluents tandis que dans le département de l’Ain, les apports de surface sont rares.

Souvent, en été, une partie de son cours s’assèche entre Bohas et le hameau de Planche : il disparaît dans les fissures des calcaires d’âge secondaire. Cette eau alimente un cours souterrain actif qui réapparaît en partie à la résurgence du Bourbou.

En 1650, l’historien Samuel Guichenon[1] écrivait : « Cette rivière est très poissonneuse… elle tarit souvent ».

De nombreux travaux ont été envisagés pour pallier à ce fait.

Le seuil du moulin de Châteauvieux en très basses eaux, juillet 2020, Photo J. Game D.R.

A Simandre, en 1842, la municipalité décidait de boucher aux frais de la commune les excavations et entonnoirs avec de la chaux hydraulique ou des tourbes. Ces travaux engendrant des surpressions dans le cours souterrain ont accentué la descente de celui-ci et augmenté les fissures et donc les fuites lors de l’étiage suivant.

Préoccupés par les assèchements du Suran, les élus de dix communes ont créé, en 1961, le Syndicat intercommunal d’aménagement et d’entretien du Suran. Celui-ci, en 1974, a tenté une expérience sur les conseils de M. Broquet, ingénieur et ancien maire de Villereversure. Douze fuites ont été équipées de tubes après avoir été dégagées (le calcaire ainsi que les fissures sont en effet recouverts par des argiles). La partie supérieure de ces tubes est submergée en périodes de crues mais dépasse le niveau moyen des eaux. Les trop-pleins souterrains devaient pouvoir s’évacuer et à l’étiage, le retour inverse ne devait plus être possible. Les effets obtenus ont été positifs mais en deçà du résultat escompté. A partir de 2015, les propriétaires concernés constatent encore des assèchements importants en périodes d’étiages. Un nouveau projet en vue de combler des fissures et de creuser des fosses reste à l’étude.

Aujourd’hui, 17 moulins existent encore sur le Suran, de Germagnat à Pont d’Ain.

Les seuils de prise d’eau endommagés par les crues ont été réparés comme ce fut le cas à celui du moulin de Bohas village en 1936. En 2005, le syndicat du Suran l’a nettoyé et réempierré pour éviter les affouillements. Ce moulin avait été transformé en menuiserie-scierie par M. Bernard Darmedru qui l’avait racheté en 1953.

Maintenant, dans la partie située en zone 2[2], le syndicat et l’agence de l’eau envisageraient plutôt l’aménagement des seuils (passe à poissons ou rivière de contournement) pour laisser passer les poissons et les sédiments. La concertation se poursuit avec les propriétaires concernés et l’AMA 01.

Merci à Mme Pereyron, Mme et M. Gay (†) ainsi qu’à M. Darmedru (†) pour les renseignements qu’ils m’ont aimablement fournis.

[1]  Avocat et historien (1607-1664), auteur de l’Histoire de Bresse et de Bugey (1650).

[2]  L’article L 214-17 du Code de l’environnement a modifié le classement des cours d’eau : le préfet coordonnateur du bassin a arrêté le nouveau classement en juillet 2013. Le Suran a été classé en zone 1 dans la partie amont de son cours et en zone 2 dans sa partie aval à partir du pont de Planche à Arturieux.

Le seuil et le moulin de Bohas. Photo J. Game D.R.
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