Faut-il piéger les ragondins ?
Article rédigé par François Romiée - Février 2026- Reproduction interdite sans l'accord écrit de l'AMA01.
Ce gros rongeur, classé parmi les espèces exotiques envahissantes (EEE), est difficile à contenir. Essai de mise au point sur la bête .
Brève histoire d'un envahisseur
Les ragondins sont présents sur presque tout le territoire français, et y prolifèrent d’une façon bien difficile à contrôler, bien que cette espèce soit originaire d’Amérique du Sud.
Initialement élevés pour leur fourrure et confinés dans les élevages, dont le nombre a cru dans les années 30 puis 50, avec logiquement un nombre croissant d’«évasions», ils firent en outre l’objet de tentatives d’introduction volontaire dans la nature pour en faire une méthode de faucardement (Expériences du Dr Maurice dans les années 30). Bien que ces expériences soient restées sans lendemain, et que la mode des manteaux en ragondins se soit éteinte, le mal était fait : l’espèce s’est « merveilleusement » acclimatée à nos climats, et a lentement envahi tout le territoire où elle fait une concurrence importante aux espèces locales (castors, rats musqués, etc.)
Invasion, mode d'emploi
Le caractère invasif de cette espèce s’explique aisément :
La première cause de leur prolifération est leur taux de reproduction exceptionnel : des portées de 4 à 6 jeunes, une maturité sexuelle atteinte au bout de 6 mois, 2 à 3 portées par an, capables de se reproduire en toutes saisons.
Une stratégie de reproduction parfaitement adaptée à leur milieu d’origine (Amérique du sud), où l’immense majorité des jeunes figuraient au menu des pumas et des caïmans, qui maintenaient leur nombre à un niveau acceptable. La deuxième cause de leur prolifération est l’absence de prédateurs en France, à l’exception des renards, à qui il arrive de prélever un jeune de temps en temps.
La troisième cause de sa prospérité est l’abondance de ressources pour sa nourriture : peu regardant sur son menu il dévore racines, feuille, herbe, écorce, céréales, etc. Il est donc difficile pour lui souffrir de disette.
Seul le froid vif prolongé décime facilement d’importantes populations, comme ce fut le cas en Angleterre où la population est passée de 200 000 individus à 5000 en un hiver. Ces 5000 individus ont été capturés, ce qui mit fin au règne du ragondin en Angleterre (campagnes Gosling et Baker) dans les années 1990.
Mais les hivers froids se font rares, favorisant encore la prospérité de l’espèce.
Nuisible pour qui ?
Les ragondins sont considérés comme nuisibles en raison des dégâts qu’ils font aux berges où ils creusent leurs terriers, parfois aux constructions qu’ils fragilisent, pour les prélèvements dans les cultures et les potagers, et pour des raisons sanitaires, car selon des mesures faites par les piégeurs 40% des ragondins testés sont porteurs de la leptospirose, maladie transmissible à l’homme chez elle peut prendre une forme gravissime. Ils détruisent aussi les végétaux aquatiques, indispensable à l’équilibre biologique d’un cours d’eau, par exemple les zones de frai.
Les ragondins pullulent chez moi, que faire ?
Lorsqu’on est propriétaire d’un moulin ou riverain d’un cours d’eau, il est presque systématique d’être confronté à la présence de ce gros rongeur.
Donc la question est posée : que faire en cas d’infestation de ragondins ?
Vu leur nombre et leur méfiance relativement faible, il est facile – et autorisé- de piéger les ragondins à l’aide de cage à fauve, ou de déléguer la tâche à un piégeur agréé.
Il est bon de s’interroger sur pertinence de cette tentative d’extermination.
L’expérience anglaise est à ce jour la seule qui a atteint son objectif : la disparition pure et simple de ragondin. Mais elle a été menée en tous points du territoire, au même moment, et avec une méritoire obstination.
Un meunier qui agit seul au niveau de son moulin n’obtiendra de résultat qu’à très court terme.
Il faudrait que des actions soient entreprises au niveau des bassins versants et que chacun agisse à son niveau et de façon coordonnée pour obtenir des résultats durables, et probablement étendre au niveau national l’action sur plusieurs années pour observer un résultat.
Les actions désordonnées actuelles aboutissent à des piégeages assez massifs, par centaines de milliers d’individus annuellement, mais sans coordination.
Et la population de ragondin reste -au mieux- stable.
Certaines observations ponctuelles mais répétées tendent à montrer que la population de ragondin d’une zone propice à leur développement reste à peu près constante qu’il y ait piégeage ou non : ainsi, il est possible qu’à partir d’une certaine densité de population, leur reproduction ralentit (phénomène démontré chez le rat) pour ne pas mettre en péril l’équilibre entre habitats et ressources et population. A l’inverse, le fait de décimer une partie du cheptel semble coïncider avec une natalité plus importante, principalement en multipliant le nombre de portées par an.
Par ailleurs le ragondin se montre relativement pragmatique et semble capable d’apprendre de l’expérience : fréquemment importuné, il est capable de déménager pour retrouver une certaine tranquillité. Pourchassé au fusil (1), au bout de quelques coups de feu il identifie très vite l’humain comme ennemi et se dérobe à son regard en un instant ;
En guise de conclusion, on peut estimer que la traque des ragondins en vue de leur élimination à long terme est vouée à l’échec, sauf action concertée, simultanée et coordonnées au minimum au niveau d’un bassin versant.
Le piégeage localisé est probablement utile pour limiter la présence trop près des bâtiments, mais la lutte doit être menée sans relâche, sous peine de voir rapidement la place libre à nouveau occupée.
- La détention et l’usage (en particulier en zone humide) d’une arme à feu répond à des règles strictes qui doivent impérativement être respectées.
